Fév 11

Des classes-cycle à l’école de Grenade

L’école Gaston Phoebus de Grenade-sur-Adour a choisi, pour la deuxième année consécutive d’organiser les deux classes de maternelle sous forme de classes-cycle, c’est-à-dire accueillant chacune des élèves de Toute Petite Section, de Petite Section, de Moyenne Section et de Grande Section.

Petite entrevue avec les deux enseignantes…

Qu’est-ce qui a présidé à votre choix de faire deux classes avec, dans chacune, tous les niveaux du cycle 1 ?

Ce sont tout d’abord les effectifs importants d’élèves de cycle 1 accueillis dans notre école qui ont amené l’équipe de l’école à redéfinir les critères de répartition dans les classes. Il nous a semblé pertinent de scinder chacune des sections en deux groupes, ce qui permettait de répartir dans les deux classes les élèves à besoin éducatifs particuliers, de mieux tenir compte des affinités entre certains élèves, de séparer certains binômes d’élèves.

L’idée était aussi de favoriser la première scolarisation des TPS et PS en les intégrant à un groupe d’enfants ayant déjà un vécu scolaire.

Avez-vous dû repenser l’aménagement de l’espace-classe ?

Nous avons aménagé la classe avec le matériel existant au préalable. Nous avons essayé d’organiser l’espace en réservant certaines zones à chaque section mais, concrètement, cela n’a pas fonctionné, les plus jeunes élèves n’ont pas identifié leurs espaces dédiés.

Le coin-moteur qui était présent auparavant dans la classe des plus jeunes a été supprimé car il occupait beaucoup de place. Il fallait aussi trouver un espace pour que les plus grands puissent travailler assis ! Nous pouvons cependant bénéficier de la présence d’une salle vide, attenante à nos deux classes et d’un large couloir, ce qui nous autorise à y envoyer un groupe d’élèves avec l’ATSEM.

Nous réfléchissons maintenant à un moyen d’identifier certaines activités suivant leur difficulté (nombre d’étoiles sur les boites de puzzles par exemple).

Comment organisez-vous les temps d’apprentissage ?

Nous proposons quelques temps collectifs pour fédérer le groupe-classe, pour dérouler quelques rituels mais nous travaillons essentiellement par groupe de section. L’emploi du temps doit être respecté avec rigueur si l’on veut dérouler toutes les activités prévues sur la journée de classe.

Des espaces avec du matériel d’apprentissage que les élèves peuvent utiliser en autonomie permettent des activités individuelles.

Quel a été l’accueil des parents d’élèves ?

L’accueil a été très favorable, malgré les craintes de certains d’entre eux concernant les apprentissages des élèves de GS.

Lors des réunions de rentrée, nous avons présenté l’organisation des deux classes. Nous préparons nos séquences ensemble, et les élèves ont donc les mêmes activités et les mêmes situations d’apprentissage dans l’une et l’autre classe, ce qui a rassuré les parents.

Que pensent vos ATSEM respectives de cette organisation ?

Elles sont satisfaites de cette organisation car chacune d’entre elle a moins de pleurs à gérer, moins de changes à effectuer. Chacune surveille un des deux dortoirs de sieste. Elles notent cependant une augmentation de la préparation matérielle pour les temps d’ateliers.

Quels sont les principaux obstacles, côté enseignante et côté élèves, que vous avez rencontrés ?

Les effectifs des deux classes sont la principale difficulté que nous rencontrons car il est difficile de consacrer un temps à chacun de nos élèves sur la journée de classe.

Nous devons aussi reconnaître que cette organisation représente une surcharge de travail de préparation, à la fois dans la conception des séances et dans la préparation matérielle. En effet, on ne peut envisager de faire tourner des ateliers sur plusieurs jours, comme cela peut se faire dans une classe par section. Nous proposons chaque jour des ateliers différents pour chacune des sections.

L’organisation implique un strict respect des horaires prévus dans notre préparation, pour pouvoir consacrer un temps à chaque groupe, avec des séances qui s’enchaînent entre les sections.

Au début, certains élèves de GS étaient contrariés de se retrouver avec des TPS et des PS, mais rapidement, ils ont compris qu’on leur proposait des apprentissages spécifiques et s’identifient bien à des Grands.

La gestion des temps collectifs est difficile car les PS ne peuvent pas rester longtemps assis et, s’ils font autre chose pendant que les MS et les GS sont en regroupement, cela génère un peu de bruit qui nuit à l’attention des MS et des GS. Il est difficile aussi d’adapter le contenu des rituels pour que ces derniers soient accessibles à tous les niveaux et permettent aux élèves de faire des apprentissages.

Mais le plus complexe reste la gestion des séances d’activité physique car l’écart dans les compétences motrices est trop grand entre un élève de 3 ans et un élève de 5 ans et demi…C’est sans doute le domaine où nous sommes le moins satisfaites par la classe-cycle et sur lequel il faudrait repenser nos séquences.

Quelle plus-value cette organisation a-t-elle apportée ?

Les premiers jours après la rentrée des classes se sont déroulés d’une façon plus sereine que dans une classe où il n’y a que des TPS ou des PS. Les élèves de MS et de GS, connaissant déjà la classe et ayant derrière eux un vécu d’élèves, ont pu rassurer les plus jeunes.

Après quelques mois de fonctionnement, nous nous rendons compte que nous connaissons mieux chacun de nos élèves. En effet, le travail en petit groupe par section nous permet de mieux les observer et de mieux les accompagner sur le chemin des apprentissages.

Nos élèves sont plus autonomes que dans un groupe-classe par section.

En début d’après-midi, une partie des élèves étant à la sieste, nous pouvons proposer des séances d’apprentissage spécifiques aux GS, en petit groupe.

Un des points forts de notre organisation est le travail en équipe que nous effectuons, chaque semaine, pour préparer la classe conjointement, avec le soutien de tous les enseignants de l’école. Nous travaillons en binôme mais aussi avec la maitresse des CP, qui vient deux fois par semaine faire de la phonologie dans nos classes pendant que l’une d’entre nous va enseigner l’anglais aux élèves de CP.

Pensez-vous poursuivre cette organisation l’année prochaine ?

Nous ne savons pas encore si nous fonctionnerons ainsi l’an prochain. Tout dépendra du bilan que nous en ferons en fin d’année, des effectifs d’élèves à venir et de la répartition choisie en Conseil des Maitres pour la prochaine rentrée.

Propos recueillis le 7 février 2020