Oct 11 2015

Connaissez vous Le BYOD? Une innovation qui pourrait être une chance pour le français ?

Par Jean-Michel Le Baut  (extrait du café pédagogique)

Le « BYOD » (Bring Your Own Device », autrement dit « Apportez votre propre matériel ») tend à se répandre en classe tant il parait pratique de demander aux élèves  d’utiliser leurs smartphones, tablettes ou ordinateurs personnels. Pallier les problèmes d’équipement, rapprocher les usages scolaires et les usages réels du numérique, mettre en place des activités pédagogiques particulièrement formatrices … : le BYOD, plus qu’un anglicisme, est un dispositif susceptible, en français aussi, de renouveler les pratiques.

La preuve par 3 exemples…

Bruno Vergnes :  Eduquer à l’image la génération mobile

Selon les sociologues, la jeune génération serait moins celle de l’ordinateur que celle du smartphone : l’Ecole ne doit-elle pas alors prendre en compte les appétences de la génération mobile pour développer en elle de réelles compétences ? C’est l’ambition de Bruno Vergnes, professeur de français dans les Pyrénées-Atlantiques : avec leurs téléphones mobiles, ses collégiens ont pris des photographies respectant des consignes esthétiques précises ; ils les ont publiées, échangées, commentées sur Instagram, célèbre réseau social de partage d’images. Le projet relie l’Histoire des arts et l’Education aux médias et à l’information. Il démontre remarquablement combien des outils que l’Ecole tend à diaboliser peuvent aider les élèves à mieux regarder et habiter le monde.

Vous avez choisi d’utiliser le réseau Instagram à des fins pédagogiques : pourquoi avoir choisi ce réseau en particulier ?
Le choix de ce réseau de partage d’images a été assez rapide. Je souhaitais utiliser un outil que je maitrisais et que les élèves de 3ème connaissaient aussi. Exit donc Pinterest, Flikr et Snapchat qui ne remplissaient pas ces deux critères. Et puis sur Instagram, il n’y a pas que des abdos, du soleil et des people ! Beaucoup d’ONG, de chefs pâtissiers ou encore de photographes ont leurs comptes et chacun a la possibilité de laisser des commentaires, ce qui m’a permis de travailler un peu l’écrit.

Comment en pratique en avez-vous orchestré l’appropriation et l’utilisation par les élèves ?
J’ai commencé par créer le compte « bloc de glace » qui devait être utilisé par chacun. Ainsi les photos n’étaient pas au nom de l’élève mais au nom de la classe : l’auteur inscrivait ses initiales en commentaire pour signer sa photo. Ainsi les élèves qui n’avaient pas de compte n’ont pas eu besoin de s’en créer un et les parents réticents étaient rassurés. Les élèves qui ne disposaient pas de smartphone se faisaient prêter celui d’un camarade le temps d’une prise de vue ou d’un commentaire.
L’objectif était que les élèves passent de la posture de consommateur d’images à celle de producteur, le tout en suivant quelques règles dont celle du droit d’auteur, interdit donc de proposer une photo qui ne soit pas personnelle, un élève a essayé, les autres l’ont très vite rappelé à l’ordre.

Le projet s’intéresse à la photographie, souvent peu abordée en tant que telle en cours de français : pourquoi ce choix ? quelles sont les diverses activités et consignes que vous avez proposées aux élèves ?
Je pense qu’on n’est jamais meilleur que lorsqu’on travaille autour d’un sujet qu’on aime, et j’aime la photo.  Les adolescents prennent un nombre considérable de photos avec leur téléphone ou même avec de véritables appareils. Dans l’histoire de l’humanité, jamais les jeunes n’ont autant produit d’images ! Il me semble important de les former à ce média, à ce langage. En Histoire des Arts, la peinture est encore sur-représentée, c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de travailler sur deux séries photographiques du XXème siècle : Migrant Mother de Dorothea Lange et Exodus de Sebastiao Salgado, le tout en lien avec l’étude des Raisins de la colère de Steinbeck. Nous avons commencé par étudier certaines photographies issues de ces deux séries, nous avons abordé de nombreux points techniques comme les règles de composition, le contraste, les points de force, les lignes de fuite … A la suite de chaque point technique abordé en classe, je leur demandais de le réutiliser dans une création personnelle et de la poster sur le compte Instagram de la classe. C’était un travail à faire à la maison. La première consigne était par exemple « Noir et blanc ; diagonale ; clair-obscur » et ils ont posté des photos comme celles proposées ici en illustration.
Ensuite je demandais aux autres élèves de commenter les photos de leurs camarades. Mais comme ce projet était aussi et surtout un projet d’Education aux Médias et à l’Information, j’ai imposé que les échanges soient courtois et citoyens : il n’y a eu aucun dérapage. Ces commentaires ont été l’occasion de travailler en cours sur le texte argumentatif, pilier de la classe de troisième.
Au bout de quelques jours, quand la majorité des élèves avait participé, je donnais une nouvelle consigne.

Au final, quel bilan tirez-vous de l’expérience ?
Cette expérience m’a appris deux choses. La première est que les élèves sont plus créatifs que je ne le pensais, leurs photos étaient souvent intelligentes, humoristiques et ce compte commun apportait un esprit d’émulation. La seconde est que le numérique est un moyen de faire participer hors la classe les élèves qui n’osent pas s’exprimer pendant le cours. J’ai été surpris de la participation de certains élèves que je croyais effacés.
Au fur et à mesure, les compétences que ce projet m’a permis de travailler étaient les suivantes :
* L’élève apprend à s’exprimer et à communiquer par les arts de manière individuelle en concevant des productions visuelles.
* L’élève apprend à utiliser avec discernement les outils numériques de communication et d’information qu’il côtoie au quotidien, en respectant les règles sociales de leur usage et leurs potentialités pour apprendre et travailler.
* L’élève s’exprime à l’écrit pour expliquer ou argumenter de façon claire.

De manière générale, en quoi vous semble-t-il judicieux d’utiliser dans le cadre de l’Ecole des outils qui en général y sont prohibés, en l’occurrence ici les smartphones et les réseaux sociaux ?
Comme je le dis souvent, il est interdit d’apporter un couteau dans un établissement scolaire et pourtant toutes les cantines en sont pleines ! Dans un cas, le couteau est une arme et dans l’autre, c’est un outil. Et manier un outil, ça s’apprend, avec un adulte si possible. Les réseaux sociaux sont des outils que les enfants découvrent par eux-mêmes et tant que ce sera comme ça, il y aura des dérapages. Si ces outils sont interdits à l’école c’est parce qu’ils effraient les adultes. Il faut donc  continuer la formation des personnels et des étudiants. La dernière fois que j’ai présenté ce projet lors d’un atelier de formation, Quentin Colombo, un jeune collègue de maths, a décidé de s’approprier l’idée et d’utiliser un compte Instagram dans ses cours de géométrie ou d’algèbre. Comme lui, je pense qu’il faut aller chercher les élèves là où ils sont.

Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut
Diaporama de présentation :
http://fr.slideshare.net/bvergnes/eduquer-a-limage-avec-instagram

Sur le site de Bruno Vergnes :
https://blogpeda.ac-bordeaux.fr/leblocdeglace/2015/03/25/instagram-en-classe/
A Ludovia 2015 :
http://www.ludovia.com/2015/06/eduquer-a-limage-hors-la-classe-avec-instagram/

Delphine Roux-Bellicaud : qui a peur du méchant smartphone ?

« Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, stipule le Code de l’Education, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile est interdite. » Communication, recherche web, écriture, appareil photo, enregistrement audio ou vidéo … : pourquoi se priver du potentiel du « téléphone intelligent » ? objectent de plus en plus d’enseignants et d’élèves. Dans l’académie de Poitiers, selon un cadre bien négocié, les élèves de Delphine Roux-Bellicaud ont par exemple utilisé leur propre matériel connecté, et les réseaux sociaux, pour réaliser collectivement un webmagazine : une réécriture moderne du Petit Chaperon Rouge de Perrault. La démarche, pleinement éducative, invite le système à surmonter ses peurs et aide les élèves à construire une citoyenneté numérique.

Dans quel cadre avez-vous mis en place cette expérience de « BYOD » ?
J’enseigne les lettres dans un Lycée professionnel rural dans le nord de l’académie de Poitiers. Dans le cadre des EGLS (Enseignements Généraux liés à la Spécialité) d’une classe de seconde Bac Professionnel ASSP (Accompagnement, Soins et Services à la Personne), j’ai mis en place un projet annuel de réadaptation d’un conte pour enfants.
Il s’agit  de s’approprier un conte traditionnel, celui de Charles Perrault, Le Petit Chaperon Rouge, et de le réécrire en l’ancrant dans la modernité. L’objectif final étant de créer un webmagazine complet comportant les réécritures et les illustrations des élèves.
L’originalité et l’intérêt d’un tel projet reposent surtout sur l’utilisation des appareils connectés personnels des élèves en classe, c’est à dire sur une démarche « AVEC » (Apportez Vos Equipements Connectés) ou « BYOD » en anglais (Bring Your Own Device), il s’agit en réalité de l’ensemble des objets personnels et connectés : smartphones, ordinateurs portables, tablettes. Les élèves travaillent avec leur propre matériel qu’ils apportent en classe, en groupe ou seuls, à leur convenance.

Il pourrait sembler audacieux à certains d’autoriser ainsi les élèves à utiliser leur propre matériel en classe : Quelles précautions avez-vous prises ? Y a-t-il eu des dérives ou des soucis techniques ?
Cette démarche est possible si certaines précautions sont adoptées préalablement :
* Rédiger une charte d’utilisation des BYOD (sous forme de carte heuristique) ;
* Assurer la sécurité physique du matériel (armoire fermée à clefs par exemple) ;
* Assurer un accès WIFI sécurisé ;
* Rédiger un avenant au règlement intérieur de l’établissement scolaire pour déroger à l’article L511-5 du code de l’éducation  et le faire adopter en Conseil d’Administration. Cet avenant a été ainsi formulé : « L’utilisation des matériels connectés personnels des élèves peut-être autorisée par l’enseignant dans le cadre d’une activité pédagogique ».
* Communiquer et expliquer le projet aux familles.
Lorsque ce travail préparatoire est mis en place, la pédagogie peut réellement commencer.
Je n’ai eu à déplorer aucun souci technique particulier ni aucune dérive de la part des élèves. Leur préoccupation majeure et celle de leurs familles était de sécuriser leur matériel personnel.

Concrètement, quels logiciels et applications les élèves ont-ils utilisés dans ce cadre ? Pour quelles tâches exactement et selon quelles modalités de travail ?
Selon leurs matériels respectifs, les élèves peuvent se servir de différents logiciels ou applications. Dans le cadre de ce projet, ils ont dû utiliser les logiciels de traitement de texte, de transformation de l’image mais aussi d’Internet pour effectuer des recherches, communiquer au sein du groupe, créer le webmagazine. Des groupes de deux ou trois élèves se sont formés assez vite pour la phase rédactionnelle, selon leurs envies et affinités.
S’agissant d’un projet annuel, à raison d’une heure hebdomadaire seulement, il a fallu respecter un échéancier et trouver des solutions afin d’optimiser ce temps de travail.
Nous avons donc créé un groupe privé sur Facebook puisque chaque élève y avait déjà un profil et pouvait ainsi facilement s’y rattacher. De plus, nous y avons invité différents acteurs susceptibles de nous aider, de nous conseiller quant à notre travail.
Les bénéfices de la création d’un tel groupe sur Facebook sont incontestables et ont même dépassé mes espérances. Mieux qu’un journal de bord, ce groupe intitulé « projet Petit Chaperon Rouge » nous a permis de mutualiser le travail de chacun, de partager des informations, de communiquer entre nous et avec les professionnels invités (désenclavant ainsi notre petit lycée professionnel de campagne) et tout cela en dehors de la classe.
L’heure hebdomadaire d’EGLS s’est ainsi démultipliée très simplement et avec beaucoup d’enthousiasme.

Quels ont été les freins et les leviers d’une telle expérimentation ?
Le projet a été très bien accueilli par les élèves et leurs familles qui m’ont accordé leur confiance immédiatement. Au sein de l’équipe pédagogique, il a fallu rassurer dans un premier temps car le téléphone portable est encore diabolisé. J’ai dû montrer et prouver que nous pouvions en faire un outil de travail pertinent et efficace. Cette expérience menée pendant un an a convaincu certains collègues qui souhaitent aujourd’hui s’en emparer, ce qui me réjouit.

J’ai été aidée et soutenue par ma hiérarchie, le Référent pour les usages pédagogiques numériques, par le Centre Académique Recherche Développement Innovation Expérimentation de Poitiers et par le Délégué Académique au Numérique de Poitiers, Monsieur Dominique Quéré. Je conseille d’ailleurs aux enseignants qui souhaiteraient mettre en place un projet similaire de contacter le référent académique du CARDIE et le DAN car leur expertise dans ce domaine est précieuse et peut éviter des écueils.

De manière générale, pourquoi vous semble-t-il pertinent d’intégrer dans le cadre scolaire les pratiques numériques réelles des élèves, donc peut-être aussi leur matériel ?
Je pense qu’intégrer les pratiques numériques réelles des élèves dans le cadre de l’école permet de répondre au changement sociétal qui s’opère. Emmanuel Davidenkoff parle de « tsunami numérique » à juste titre, nous devons surfer sur la grosse vague et ne pas nous y noyer. De plus, la question de la citoyenneté numérique est une problématique incontournable aujourd’hui et les enseignants sont là pour sensibiliser les élèves, leur faire acquérir de nouvelles compétences. La réalité du terrain pédagogique, pour être efficace doit être la plus proche possible de celle des élèves, sous peine d’être déconnectée et donc obsolète. C’est la raison pour laquelle une démarche BYOD donne la preuve de son efficience.
Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut
La charte d’utilisation :
http://ww2.ac-poitiers.fr/meip/IMG/pdf/charte_avec_lp_loudun.pdf
Le référentiel WIFI :
http://eduscol.education.fr/cid89186/referentiel-wi-fi.html
L’article L511-5 du code de l’éducation interdisant les portables :
http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000022494861&cidTexte=LEGITEXT000006071191
Sur le site de l’académie de Poitiers :
http://ww2.ac-poitiers.fr/meip/spip.php?article262

Jérôme Lagaillarde : le smartphone en français pour apprendre ?

Quand le matériel informatique de l’établissement manque ou défaille, pourquoi ne pas faire appel à celui des élèves ? Au lieu d’interdire les smartphones, ne serait-il pas plus pertinent d’en inventer des usages pédagogiques ? C’est la question, cruciale, du BYOD (« Bring Your Own Device », « apportez votre propre matériel »). C’est le pari lancé et gagné par Jérôme Lagaillarde, professeur de lettres au collège Georges Méliès à Paris. Il éclaire ici les modalités, les possibilités et les enjeux d’une utilisation des smartphones en cours de français : un choix que certains jugeront risqué, et qui s’avère pourtant essentiel pour renforcer certains apprentissages tout en éduquant à la responsabilité.

L’usage du smartphone est officiellement interdit dans les collèges : pourquoi avez-vous décidé d’autoriser vos élèves à l’utiliser envers et contre tout ?
Il me semblait important d’être cohérent avec la réalité des établissements : la présence des smartphones dans la poche de presque tous les élèves est un fait, malgré l’interdiction. Aussi, lors d’un atelier de réflexion sur les usages numériques en classe, constatant que le manque d’équipement des établissements était un frein évoqué par de nombreux collègues, j’ai pensé à l’intérêt d’accorder une place pédagogique à ces outils nomades.

Concrètement, dans quel cadre avez-vous mis en place cette utilisation ? Y-a-t-il eu des dérives ?
J’ai proposé l’idée à mes élèves, leur exprimant mes réflexions et ne cachant pas mes doutes et mes inquiétudes quant à leur capacité à être raisonnables dans la gestion de leur appareil et dans le respect du cadre pédagogique. Conscient de susciter un vif intérêt chez eux, je leur ai proposé alors de définir le cadre, les règles et les usages lors d’une séance de réflexion collective. Aussi se sont-ils prêtés au jeu avec beaucoup d’intérêt et de maturité. Ils ont eux-mêmes proposé de cesser l’expérimentation s’ils n’en respectaient pas les règles.
C’est vraiment sur la confiance que j’ai basé cette expérimentation et je ne le regrette absolument pas. Les élèves ont su se saisir de cette occasion pour comprendre tout l’intérêt qu’ils pourraient tirer d’un usage scolaire de leur outil.
Quant aux autorisations, elles m’ont été accordées par la Délégation Académique au Numérique Educatif de l’Académie de Paris, qui encourage ce genre d’expérimentation ainsi que par mon chef d’établissement.

Le smartphone est pour beaucoup devenu plus qu’un téléphone : il sert en particulier aussi souvent d’appareil photo. Comment les élèves sont-ils amenés à utiliser cette fonctionnalité dans la classe ?
L’appareil photo est en effet un outil que j’utilise beaucoup. Je retiendrais principalement sa fonction d’archivage (afin de fixer une étape d’un travail, une prise de notes au tableau, que l’on n’aurait pas le temps de faire noter aux élèves), une fonction de diffusion dans le cadre de la continuité pédagogique pour les élèves absents. Une utilisation intéressante est aussi la diffusion d’un document aux élèves et le travail d’annotation, avec l’application Skitch par exemple – excellente activité pour apprendre aux élèves à sélectionner des informations importantes dans un document, sur un plan, dans une page web, sur un tableau…

En quoi les possibilités d’enregistrement audio ou vidéo vous semblent-ils elles aussi intéressantes sur le plan pédagogique ?
L’enregistrement vidéo ou audio permet de développer le travail autonome de l’élève et un retour constructif sur ses pratiques. Je les encourage à se filmer à la maison dans le cadre de la préparation de leurs oraux (Histoire des Arts par exemple) afin de porter un regard sur leur prestation et essayer d’améliorer leur posture, leur diction, la cohérence et l’articulation de leur propos…
Je les autorise aussi à filmer ou à enregistrer certains de mes cours, comme les leçons de grammaire, durant lesquelles nous faisons beaucoup de démonstrations au tableau. Ainsi, un élève en charge diffuse par email auprès des camarades le support vidéo du cours. C’est très utile pour réviser une notion, comprendre ou se remémorer une démarche d’analyse.

L’outil vous paraît-il susceptible d’aider aussi les élèves à développer leurs compétences d’écriture ?
Les applications dictionnaires et conjugueurs sont deux outils essentiels pour inciter et aider les élèves à se corriger. Aussi, la facilité d’utilisation et la rapidité de la recherche permettent de mettre en place rapidement de bonnes habitudes de correction. Les résultats sont probants.

Dans « Petite Poucette », Michel Serres explique combien le numérique externalise le savoir, combien « notre tête est jetée devant nous, en cette boîte cognitive objectivée » : à l’usage, le smartphone vous semble-t-il un outil intéressant de connaissance et de mémorisation ?
À mon sens, le smartphone, via les applications et internet, facilite l’accès au savoir et rassure les élèves quant à leur difficulté de mémorisation d’une masse de connaissances. Il permet alors de se concentrer sur l’exploitation de ce savoir, sa compréhension et facilité ainsi son appropriation. Il s’agit alors de guider les élèves dans ce travail d’exploitation « intelligent » des données, des outils. Sans s’en rendre compte, les élèves retiennent le savoir et développent des savoir-faire.
L’exemple le plus parlant est pour moi l’appropriation des réflexes d’autocorrection par la vérification. Tout comme avec le bon vieux Bescherelle, lorsqu’un élève cherche un verbe dans le conjugueur, il doit s’interroger sur son infinitif, et sur le temps verbal auquel il souhaite le conjuguer, il doit repérer le sujet grammatical du verbe. Aussi, derrière ce qui semble être une facilité, presque un jeu (pour eux, tout est jeu lorsqu’il s’agit d’utiliser leur outil !), se dessine tout un réseau de réflexions essentielles dans l’appropriation de compétences et dans la mémorisation.

De manière générale, pourquoi vous semble-t-il pertinent d’intégrer dans le cadre scolaire les pratiques numériques réelles des élèves ?
D’une part le bon sens : pourquoi se priver d’outils pertinents que les élèves maîtrisent souvent bien mieux que nous et dont ils perçoivent beaucoup mieux l’intérêt pédagogique. Les adolescents sont reconnaissants quand l’adulte accepte qu’il a aussi à apprendre d’eux. C’est un échange constructif entre l’élève et l’enseignant, basé sur un rapport de confiance.
Ensuite, les outils nomades sont performants, peu encombrants, faciles d’utilisation et, nous l’avons vu, pertinents dans le cadre des apprentissages.
Derrière le truchement du « ludique », les élèves sont amenés à se concentrer sur leur activité, encouragés à enrichir leur culture, à réfléchir sur leurs productions écrites, à être autonomes en développant leurs propres techniques d’apprentissage. Dans mon établissement, qui relève de l’éducation prioritaire, c’est une victoire non-négligeable.
Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut
Explications et protocole d’usage sur le site académique :
https://www.ac-paris.fr/portail/jcms/p1_1133574/le-smartphone-au-service-de-la-reussite-des-eleves